Équilibrer liberté et conformité fiscale

Entre mobilité internationale et exigences des États, l’équilibre fiscal devient un exercice stratégique où liberté individuelle et conformité juridique doivent avancer ensemble.

Nomadisme, fiscalité et conformité : comprendre comment rester libre sans sortir du cadre légal, entre contrôle, transparence et stratégie fiscale durable.

Le sujet vulgarisé

Voyager, travailler depuis plusieurs pays et choisir où vivre est devenu plus simple. Beaucoup de personnes peuvent aujourd’hui exercer leur activité depuis l’étranger, parfois toute l’année. Cette liberté attire. Mais elle pose une question centrale : où et comment payer ses impôts.

Chaque État cherche à savoir qui lui doit des impôts. Il regarde des critères précis : le nombre de jours passés sur son territoire, le lieu du logement principal, l’endroit où l’activité est exercée, ou encore où se situe la famille. Si ces éléments montrent un lien fort avec un pays, ce pays considère souvent la personne comme résidente fiscale.

Le problème apparaît quand une personne pense être libre fiscalement alors que, juridiquement, elle reste imposable quelque part. Cela peut entraîner des contrôles, des rappels d’impôts et parfois des pénalités élevées. Les administrations fiscales échangent désormais beaucoup d’informations entre elles. Les comptes bancaires, les revenus et même certaines dépenses peuvent être connus.

Équilibrer liberté et conformité fiscale, c’est donc comprendre les règles avant de se déplacer. Ce n’est pas chercher à ne plus payer d’impôts, mais payer les bons impôts, au bon endroit. Une stratégie claire permet d’éviter les erreurs, de rester légal et de préserver sa mobilité sur le long terme.

La clé repose sur trois idées simples : savoir où l’on est réellement rattaché fiscalement, être transparent dans ses déclarations et organiser sa situation de manière cohérente. Sans cela, la liberté promise par le nomadisme peut vite se transformer en contrainte lourde.

En résumé

La mobilité internationale offre des opportunités réelles, mais elle ne supprime pas les obligations fiscales. Les États appliquent des règles précises pour déterminer la résidence fiscale et contrôler les revenus transfrontaliers. Ignorer ces règles expose à des risques concrets : redressements, amendes, blocages bancaires.

Une approche efficace repose sur la légalité, la transparence et la cohérence stratégique. Il s’agit d’anticiper les critères de rattachement fiscal, de documenter sa situation et de structurer ses revenus de manière lisible. Les échanges automatiques d’informations rendent les montages flous de plus en plus dangereux.

La liberté fiscale durable ne vient pas de l’improvisation, mais d’une compréhension fine des règles internationales et d’un arbitrage réfléchi entre mobilité, sécurité juridique et optimisation raisonnable.

Plan synthétique de l’article

La liberté de circulation face aux règles fiscales
La notion de résidence fiscale comme point d’ancrage
La transparence financière à l’ère des échanges automatiques
Le contrôle fiscal international et ses nouveaux outils
La stratégie fiscale comme outil de sécurisation
Les erreurs fréquentes des profils nomades
Les arbitrages entre optimisation et conformité
Les conséquences concrètes d’une non-conformité
Les bonnes pratiques pour une mobilité maîtrisée

La liberté de circulation face aux règles fiscales

La mobilité internationale repose sur une réalité juridique simple : la liberté de circulation n’efface pas les obligations fiscales. Voyager, travailler à distance ou changer régulièrement de pays n’implique pas une neutralité fiscale automatique. Les États distinguent clairement le droit de circuler du devoir de contribuer.

Dans l’Union européenne, la liberté de circulation permet de s’installer dans un autre pays membre sans visa long séjour. En dehors de cet espace, de nombreux États ont mis en place des visas spécifiques pour travailleurs à distance. Ces dispositifs facilitent l’entrée et le séjour, mais ne définissent pas systématiquement le régime fiscal applicable. Un visa de digital nomad n’est pas une exonération d’impôt.

Sur le plan fiscal, chaque État conserve sa souveraineté. Il fixe ses propres critères pour déterminer qui est imposable sur son territoire. La présence physique reste un élément central. Dans de nombreux pays, un seuil de 183 jours par an constitue une référence, mais ce seuil n’est ni universel ni exclusif. Certains États considèrent aussi le lieu du logement permanent, le centre des intérêts économiques ou familiaux, ou encore le lieu effectif d’exercice de l’activité.

Cette situation crée une tension structurelle. D’un côté, des individus mobiles, souvent indépendants ou entrepreneurs, recherchent une flexibilité géographique maximale. De l’autre, des administrations fiscales qui cherchent à sécuriser leurs bases imposables. Le résultat est un cadre de plus en plus normé, où la liberté existe, mais sous conditions strictes.

Les chiffres illustrent cette évolution. Selon les données de l’OCDE, plus de 140 juridictions participent désormais aux mécanismes d’échange automatique d’informations financières. En 2023, ces échanges ont concerné plusieurs dizaines de millions de comptes bancaires. La mobilité ne signifie donc plus invisibilité.

Un autre point souvent mal compris concerne le cumul de liens fiscaux. Une personne peut croire ne dépendre d’aucun pays alors qu’elle en dépend de plusieurs. Cette situation de double résidence fiscale expose à des conflits d’imposition complexes. Les conventions fiscales bilatérales existent pour les résoudre, mais elles reposent sur des critères précis et documentés.

La liberté de circulation reste réelle. Elle permet de choisir son cadre de vie, son environnement économique et parfois une fiscalité plus adaptée. Mais cette liberté suppose une lecture rigoureuse des règles. Sans cela, elle se transforme en zone grise, source d’insécurité juridique et financière.

La notion de résidence fiscale comme point d’ancrage

La résidence fiscale constitue le pivot central de toute analyse fiscale internationale. Elle détermine l’État ayant le droit principal d’imposer les revenus mondiaux d’un individu. Sans identification claire de cette résidence, aucune stratégie fiscale ne peut être considérée comme solide.

Chaque pays définit ses propres critères. En France, par exemple, le Code général des impôts retient quatre tests alternatifs : le foyer, le lieu de séjour principal, l’activité professionnelle principale et le centre des intérêts économiques. Un seul critère suffit pour être considéré comme résident fiscal français. D’autres pays appliquent des logiques similaires, avec des nuances importantes.

Le critère du temps passé reste le plus connu. Le seuil de 183 jours par an est souvent cité, mais il s’agit d’un indicateur, non d’une règle universelle. Certains États retiennent des seuils plus bas. D’autres attachent plus de poids à la permanence du logement ou à la stabilité des revenus. Un entrepreneur qui passe 120 jours dans un pays mais y concentre l’essentiel de son chiffre d’affaires peut y être considéré comme résident fiscal.

Les conventions fiscales bilatérales jouent un rôle clé en cas de conflit. Elles prévoient des règles dites de « tie-breaker » pour trancher une double résidence. L’ordre est généralement le suivant : logement permanent, centre des intérêts vitaux, lieu de séjour habituel, nationalité. Ces critères sont analysés de manière factuelle. Les intentions déclarées comptent peu face aux faits observables.

Les administrations fiscales examinent de plus en plus finement les traces laissées par les contribuables. Contrats de location, abonnements, factures d’électricité, connexions bancaires ou encore présence familiale sont utilisés pour établir la réalité d’un ancrage. Une résidence fiscale ne se déclare pas uniquement, elle se démontre.

Les chiffres montrent une intensification des contrôles sur ce point. En Europe occidentale, les redressements liés à des résidences fiscales contestées représentent plusieurs milliards d’euros par an. Ces dossiers concernent aussi bien des chefs d’entreprise que des travailleurs indépendants ou des profils mobiles.

Pour les personnes en mobilité internationale, l’enjeu n’est donc pas de fuir toute résidence fiscale, mais d’en établir une claire, cohérente et défendable. Une résidence bien définie permet d’appliquer correctement les conventions fiscales, d’éviter les doubles impositions et de sécuriser durablement sa situation.

La transparence financière à l’ère des échanges automatiques

La fiscalité internationale est entrée dans une phase nouvelle, marquée par la transparence quasi systématique des flux financiers. Les stratégies fondées sur l’opacité ou l’ignorance des administrations fiscales appartiennent largement au passé. Aujourd’hui, les États disposent d’outils puissants pour identifier les revenus et les avoirs détenus à l’étranger.

Le principal levier repose sur l’échange automatique d’informations financières. Les banques, compagnies d’assurance et institutions financières collectent des données précises sur leurs clients : identité, résidence fiscale déclarée, soldes de comptes, revenus financiers. Ces informations sont transmises chaque année aux administrations fiscales nationales, puis échangées avec les pays partenaires.

Concrètement, cela signifie qu’un compte bancaire ouvert à l’étranger n’est plus invisible. Un compte non déclaré devient un signal de risque, même si les montants sont modestes. Les administrations croisent désormais les données bancaires avec les déclarations fiscales, les flux de paiement internationaux et les registres de sociétés.

Les chiffres confirment l’ampleur du phénomène. Chaque année, plusieurs dizaines de millions de comptes sont échangés entre États, représentant des milliers de milliards d’euros d’actifs financiers. Cette masse d’informations permet d’identifier rapidement les incohérences entre le train de vie observé et les revenus déclarés.

La transparence concerne aussi les structures juridiques. Les bénéficiaires effectifs des sociétés, trusts et fondations sont de plus en plus identifiés. De nombreux pays tiennent des registres accessibles aux autorités, parfois même au public. Utiliser une société étrangère sans en maîtriser les obligations déclaratives expose à des sanctions importantes.

Pour les profils nomades, cette évolution impose un changement de posture. Il ne s’agit plus de chercher à dissimuler, mais de structurer ses flux de manière lisible. Une situation claire, même fiscalement imposée, est souvent moins risquée qu’un montage agressif et mal documenté.

La transparence ne signifie pas renoncer à toute optimisation. Elle implique de choisir des solutions compatibles avec les règles internationales, d’assumer une résidence fiscale identifiable et de déclarer correctement ses revenus. Cette approche réduit fortement le risque de contrôle lourd et de contentieux long.

Le contrôle fiscal international et ses nouveaux outils

Le contrôle fiscal ne se limite plus au cadre national. Il s’inscrit désormais dans une logique transfrontalière et coordonnée, portée par la coopération entre administrations. Cette évolution modifie profondément la gestion du risque pour les personnes en mobilité internationale.

Les autorités fiscales utilisent des outils d’analyse de données de plus en plus performants. Les informations issues des échanges automatiques sont croisées avec les déclarations fiscales, les mouvements bancaires internationaux, les registres de sociétés et parfois même les données issues des plateformes numériques. Les incohérences deviennent rapidement détectables.

Les contrôles ne reposent plus uniquement sur des signalements ou des dénonciations. Ils sont souvent déclenchés par des algorithmes qui identifient des profils à risque. Un niveau de revenus faible déclaré, combiné à des flux financiers importants ou à des dépenses élevées à l’étranger, constitue un indicateur classique. De même, une résidence fiscale déclarée dans un pays à faible imposition sans présence matérielle crédible attire l’attention.

Les États coopèrent également sur le plan opérationnel. Des contrôles conjoints sont menés, notamment en Europe. Dans ce cadre, deux administrations peuvent partager leurs analyses et coordonner leurs demandes d’information. Pour le contribuable, cela signifie une pression accrue et des délais plus courts pour répondre.

Les sanctions associées à ces contrôles ont été renforcées. Les rappels d’impôt s’accompagnent souvent de majorations, qui peuvent atteindre 40 % à 80 % selon la gravité des manquements. À cela s’ajoutent des intérêts de retard et, dans certains cas, des sanctions pénales. Le coût réel dépasse largement l’impôt initialement éludé.

Les profils nomades sous-estiment parfois la durée des contrôles. Une procédure peut s’étaler sur plusieurs années, avec des demandes successives de justificatifs. Cette situation mobilise du temps, des ressources juridiques et génère une incertitude durable. La liberté recherchée se trouve alors fortement réduite.

Face à ces outils, la meilleure défense reste l’anticipation. Documenter sa résidence fiscale, conserver des preuves de présence, structurer ses revenus de manière cohérente et adopter une logique de conformité active permet de réduire fortement le risque de redressement lourd.

La stratégie fiscale comme outil de sécurisation

La stratégie fiscale n’est pas un mécanisme d’évitement. Elle constitue un outil de sécurisation juridique et financière pour les personnes mobiles. Dans un environnement international complexe, ne pas avoir de stratégie revient souvent à subir les règles, parfois de manière brutale.

Une stratégie fiscale commence par une cartographie précise de la situation personnelle. Elle analyse les pays fréquentés, la durée des séjours, la nature des revenus, la structure professionnelle et les liens personnels. Cette approche factuelle permet d’identifier les risques de requalification et les zones de fragilité. Sans cette étape, toute décision repose sur des hypothèses incertaines.

La résidence fiscale choisie doit être cohérente avec le mode de vie réel. S’installer dans un pays implique plus qu’une adresse administrative. Un logement effectif, des comptes bancaires locaux, une assurance, parfois une affiliation sociale renforcent la crédibilité du rattachement fiscal. Les administrations examinent ces éléments de manière globale.

La structuration des revenus constitue un autre pilier. Revenus salariés, dividendes, bénéfices professionnels ou droits d’auteur n’obéissent pas aux mêmes règles. Une mauvaise qualification peut entraîner une imposition incorrecte. Par exemple, un entrepreneur indépendant facturant via une société étrangère tout en exerçant physiquement son activité ailleurs s’expose à une requalification en établissement stable.

Les données chiffrées montrent l’intérêt de cette approche. Les redressements liés à une mauvaise structuration des revenus représentent une part significative des contentieux fiscaux internationaux. Dans certains pays européens, ces dossiers dépassent régulièrement plusieurs centaines de milliers d’euros par contribuable.

Une stratégie fiscale efficace ne cherche pas l’optimisation maximale à court terme. Elle privilégie la stabilité, la prévisibilité et la capacité à résister à un contrôle. Cette logique réduit le stress, les coûts indirects et les risques de blocage administratif.

Enfin, la stratégie doit être évolutive. Les règles fiscales changent. Les situations personnelles aussi. Une mobilité accrue, un changement de pays ou une évolution des revenus nécessitent des ajustements réguliers. La fiscalité n’est pas figée. La stratégie doit l’être encore moins.

Les erreurs fréquentes des profils nomades

La mobilité internationale s’accompagne d’erreurs récurrentes, souvent liées à une surestimation de la liberté fiscale offerte par le nomadisme. Ces erreurs ne relèvent pas toujours de la mauvaise foi. Elles découlent souvent d’une lecture partielle des règles ou d’informations approximatives.

La première erreur consiste à penser qu’en changeant souvent de pays, on échappe à toute résidence fiscale. En pratique, l’absence de stabilité n’annule pas les critères fiscaux. Les administrations recherchent le point de rattachement le plus cohérent, même en l’absence de domicile fixe. Un pays peut imposer une personne sur la base de son activité principale ou de ses intérêts économiques, même si elle n’y séjourne pas toute l’année.

Une autre erreur fréquente concerne les visas pour travailleurs à distance. Beaucoup supposent qu’un visa de digital nomad définit automatiquement un cadre fiscal avantageux. Or, dans de nombreux cas, ces visas sont neutres fiscalement. Ils autorisent le séjour, mais laissent intactes les règles d’imposition. Ne pas clarifier ce point expose à des régularisations tardives.

La confusion entre optimisation et dissimulation constitue un risque majeur. Omettre de déclarer un compte bancaire, une société étrangère ou un revenu perçu à l’étranger est souvent perçu comme une solution temporaire. Avec l’échange automatique d’informations, cette approche devient rapidement contre-productive. Les sanctions liées aux omissions déclaratives sont souvent plus lourdes que l’impôt dû.

Beaucoup de profils nomades sous-estiment également la notion d’établissement stable. Exercer une activité de manière régulière depuis un pays, même sans y avoir créé de structure juridique locale, peut suffire à déclencher une imposition sur place. Les contrôles sur ce point se sont intensifiés, notamment pour les activités numériques.

Enfin, l’absence de documentation constitue une faiblesse critique. Sans preuves de présence, de départ ou de rattachement fiscal, il devient difficile de contester une requalification. La charge de la preuve repose souvent sur le contribuable.

Ces erreurs ont un point commun : elles résultent d’un manque d’anticipation. Une mobilité réussie repose moins sur l’improvisation que sur une compréhension fine des règles applicables.

Les arbitrages entre optimisation et conformité

Toute stratégie fiscale internationale repose sur une ligne de crête. D’un côté, la recherche d’une charge fiscale maîtrisée. De l’autre, l’obligation de respecter des règles de plus en plus précises et contrôlées. L’arbitrage entre optimisation et conformité n’est jamais théorique. Il se traduit par des choix concrets, aux conséquences mesurables.

L’optimisation fiscale consiste à utiliser les dispositifs existants pour réduire légalement l’impôt. Elle s’appuie sur les conventions fiscales, les régimes spécifiques à certains pays, ou encore la qualification des revenus. La conformité, elle, vise à respecter l’ensemble des obligations déclaratives et substantielles. Le conflit apparaît lorsque l’optimisation repose sur des montages fragiles ou déconnectés de la réalité vécue.

Un exemple fréquent concerne le choix du pays de résidence fiscale. Certains pays proposent une fiscalité attractive pour les nouveaux résidents. Mais ces régimes supposent souvent une installation réelle et durable. Se contenter d’une adresse administrative ou d’un visa sans ancrage matériel affaiblit fortement la position du contribuable en cas de contrôle.

Les chiffres montrent que les administrations ciblent désormais les stratégies dites agressives. Dans plusieurs pays européens, une part significative des redressements fiscaux concerne des schémas d’optimisation jugés artificiels. Les pénalités appliquées dans ces cas dépassent fréquemment 50 % des montants redressés, en plus des intérêts.

Un autre arbitrage délicat porte sur la structuration juridique. Créer une société à l’étranger peut être pertinent. Mais si la direction effective, la prise de décision et l’activité réelle se situent ailleurs, le risque de requalification est élevé. La cohérence entre la structure juridique et l’activité réelle devient un critère déterminant.

La conformité impose parfois d’accepter une imposition plus élevée que prévu initialement. Ce choix peut sembler coûteux à court terme. Pourtant, il offre une visibilité et une sécurité qui facilitent la mobilité future, l’accès aux services bancaires et la sérénité personnelle. À long terme, ces éléments ont une valeur économique réelle.

L’arbitrage optimal ne consiste donc pas à minimiser l’impôt à tout prix. Il vise à équilibrer gain fiscal, sécurité juridique et liberté de mouvement. Cette approche demande une vision globale, loin des solutions toutes faites.

Les conséquences concrètes d’une non-conformité

La non-conformité fiscale n’est pas une notion abstraite. Elle produit des effets immédiats, mesurables et souvent durables sur la situation personnelle et professionnelle des personnes mobiles. Ces conséquences dépassent largement le simple paiement d’un impôt supplémentaire.

La première conséquence est financière. Un redressement fiscal inclut rarement le seul impôt éludé. Il s’accompagne d’intérêts de retard calculés sur plusieurs années et de pénalités administratives. Selon les pays et la qualification des manquements, ces majorations peuvent atteindre 40 %, 80 %, voire davantage dans les cas jugés intentionnels. Le coût final peut doubler, voire tripler, la somme initialement due.

À cette charge s’ajoute souvent un gel de la situation financière. Les comptes bancaires peuvent faire l’objet de contrôles renforcés. Certaines banques bloquent des opérations ou ferment des comptes lorsqu’un client est impliqué dans un litige fiscal international. Pour un profil nomade, l’accès aux services bancaires est un point critique. Sans compte opérationnel, la mobilité devient rapidement impraticable.

La non-conformité a également un impact administratif. Les procédures de contrôle s’étendent sur plusieurs mois, parfois plusieurs années. Elles exigent la production de documents, de traductions et de justificatifs précis. Cette charge administrative mobilise du temps et de l’énergie, au détriment de l’activité professionnelle. Dans certains cas, elle oblige à faire appel à des conseils spécialisés, générant des coûts supplémentaires élevés.

Les conséquences peuvent aussi être juridiques. Certains États prévoient des sanctions pénales en cas de fraude caractérisée. Même lorsque ces sanctions ne sont pas appliquées, le risque pénal pèse sur les décisions à venir. Il peut limiter la capacité à investir, à créer une société ou à s’installer dans un nouveau pays.

Enfin, la non-conformité altère la crédibilité globale du contribuable. Elle complique l’obtention de visas, de résidences de long terme ou de statuts spécifiques. Les administrations migratoires et fiscales communiquent de plus en plus entre elles. Une situation fiscale fragilisée peut donc restreindre directement la liberté de mouvement recherchée.

Les bonnes pratiques pour une mobilité maîtrisée

Une mobilité internationale durable repose sur des pratiques concrètes, souvent simples dans leur principe, mais exigeantes dans leur mise en œuvre. Ces pratiques visent un objectif clair : réduire l’incertitude fiscale tout en préservant la liberté de mouvement.

La première bonne pratique consiste à documenter systématiquement sa situation. Les preuves de présence et d’absence sont essentielles. Billets de transport, tampons d’entrée et de sortie, contrats de location, factures locales ou attestations d’assurance permettent de reconstituer une chronologie précise. En cas de contrôle, ces éléments deviennent déterminants. L’absence de preuves joue presque toujours contre le contribuable.

La cohérence administrative constitue un second pilier. La résidence fiscale déclarée doit correspondre aux autres déclarations : comptes bancaires, assurances, organismes sociaux, plateformes de paiement. Des incohérences entre pays déclarés déclenchent fréquemment des demandes d’explication. Une situation alignée réduit fortement les signaux d’alerte.

La structuration professionnelle mérite une attention particulière. Le lieu réel d’exercice de l’activité doit être clairement identifié. Travailler durablement depuis un pays sans y déclarer d’activité expose à des risques d’établissement stable. Adapter ses contrats, ses factures et son organisation interne permet de sécuriser cette dimension.

Une autre bonne pratique consiste à anticiper les changements. Un déménagement, une nouvelle mission longue, ou une évolution du niveau de revenus modifie souvent la situation fiscale. Ces transitions doivent être analysées avant qu’elles ne produisent leurs effets. Réagir après coup coûte presque toujours plus cher.

Enfin, la prudence dans les discours publics et numériques devient nécessaire. Réseaux sociaux, sites professionnels ou interviews peuvent révéler une présence régulière dans un pays. Les administrations fiscales utilisent parfois ces éléments pour étayer une requalification. La cohérence entre discours et réalité fait désormais partie du risque fiscal.

Ces bonnes pratiques n’éliminent pas toute contrainte. Elles permettent cependant de transformer la mobilité en choix maîtrisé plutôt qu’en source permanente d’insécurité.

La liberté fiscale comme équilibre dynamique

La fiscalité des personnes mobiles ne se résout ni par des recettes universelles, ni par des schémas figés. Elle s’inscrit dans un équilibre dynamique, en constante évolution, entre aspirations individuelles et cadres juridiques nationaux. Cet équilibre se construit dans la durée, par ajustements successifs.

Les États ne cherchent pas à freiner la mobilité en tant que telle. Ils cherchent à éviter les zones d’ombre. La fiscalité contemporaine valorise la lisibilité. Un contribuable mobile, mais clair sur sa résidence, ses revenus et ses structures, devient un profil administrativement acceptable. À l’inverse, un contribuable opaque, même faiblement imposé, concentre l’attention.

Les chiffres confirment cette tendance. Dans de nombreux pays développés, la majorité des contrôles internationaux ne portent pas sur des montants exceptionnels, mais sur des incohérences répétées : résidence floue, déclarations incomplètes, structures sans substance. Ce sont ces signaux faibles qui déclenchent les procédures lourdes.

La liberté fiscale ne consiste donc pas à réduire l’impôt à zéro. Elle repose sur la capacité à choisir un cadre fiscal adapté à sa situation réelle, à en accepter les règles et à les appliquer avec rigueur. Cette approche permet de préserver une mobilité effective, d’accéder durablement aux systèmes bancaires et de conserver une crédibilité administrative.

Un autre aspect souvent sous-estimé concerne le temps long. Une stratégie fiscale robuste facilite les projets futurs : investissement immobilier, création d’entreprise, installation familiale ou changement de pays. La conformité d’aujourd’hui conditionne la liberté de demain. À l’inverse, une situation fragilisée limite fortement les options à moyen terme.

Enfin, la fiscalité doit être envisagée comme un élément de gouvernance personnelle. Elle s’inscrit au même niveau que la gestion financière, la protection sociale ou la planification patrimoniale. La mobilité internationale amplifie ces enjeux, sans les simplifier.

La véritable liberté ne réside pas dans l’absence de règles, mais dans la capacité à évoluer dans un cadre compris, assumé et maîtrisé. C’est dans cet espace que la mobilité cesse d’être une fuite pour devenir un choix structuré.

Sources

OCDE – Fiscalité internationale et échange automatique d’informations
Commission européenne – Mobilité des travailleurs et résidence fiscale
Administrations fiscales nationales (France, Allemagne, Espagne, Portugal)
Conventions fiscales bilatérales – Modèle OCDE
Rapports publics sur les contrôles fiscaux internationaux

Retour sur le guide Fiscalités nomades et mobilité internationale

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