La fiscalité des entrepreneurs digitaux

Entre mobilité, structuration juridique et revenus dématérialisés, la fiscalité des entrepreneurs digitaux impose des choix précis, souvent déterminants à long terme.

Startup, SASU, dividendes, stratégie fiscale : comprendre les règles et les arbitrages clés pour les entrepreneurs du numérique et activités digitales.

Le sujet vulgarisé

Un entrepreneur digital est une personne qui crée de la valeur principalement grâce au numérique. Il peut s’agir d’un fondateur de startup, d’un freelance en ligne, d’un éditeur de logiciel, d’un créateur de plateforme ou d’un prestataire de services digitaux. Son activité repose souvent sur Internet, des outils dématérialisés et des clients situés dans plusieurs pays.

La fiscalité de ces entrepreneurs est particulière, car l’argent circule facilement, tandis que les règles fiscales restent nationales. Un entrepreneur peut vivre dans un pays, créer une société dans un autre et vendre à des clients partout dans le monde. Cela pose une question simple, mais centrale : où doit-il payer ses impôts ?

Les revenus peuvent prendre plusieurs formes. Il y a les salaires, les dividendes, les rémunérations de dirigeant, ou encore les bénéfices laissés dans la société pour financer la croissance. Chaque choix a des conséquences fiscales différentes, parfois très importantes sur plusieurs années.

Le choix de la structure juridique est aussi déterminant. Une SASU, une société de type startup ou une structure étrangère n’obéissent pas aux mêmes règles. Certaines sont adaptées à la levée de fonds, d’autres à une activité individuelle rentable. Un mauvais choix peut coûter cher ou limiter les options futures.

Les entrepreneurs digitaux pensent parfois que le caractère en ligne de leur activité les rend « hors frontières ». En réalité, les administrations fiscales s’intéressent de près à ces profils, notamment à la résidence fiscale, au lieu de travail effectif et à la création de valeur.

Comprendre la fiscalité des entrepreneurs digitaux permet donc de prendre de meilleures décisions. Il ne s’agit pas d’échapper à l’impôt, mais de choisir une stratégie cohérente, légale et adaptée à la réalité de l’activité.

En résumé

La fiscalité des entrepreneurs digitaux repose sur des arbitrages structurants. Le choix de la structure, du mode de rémunération et de la stratégie de distribution des bénéfices a un impact direct sur l’imposition et la sécurité juridique.

Dans un contexte internationalisé, ces décisions doivent être alignées avec la réalité de l’activité et du mode de vie. Une approche mal anticipée peut générer des coûts élevés ou des risques fiscaux durables. Comprendre les règles permet de structurer une activité digitale de manière plus stable et plus lisible.

Plan synthétique de l’article

  • Les spécificités fiscales des activités digitales
  • Les choix de structures pour les entrepreneurs numériques
  • La SASU comme outil fréquent chez les entrepreneurs digitaux
  • Les modes de rémunération du dirigeant digital
  • Les dividendes et leur traitement fiscal
  • La stratégie fiscale entre croissance et distribution
  • Les enjeux internationaux et la mobilité des fondateurs
  • Les erreurs fréquentes et zones de risque
  • Les arbitrages fiscaux à long terme pour le digital

Les spécificités fiscales des activités digitales

Les activités digitales présentent des caractéristiques fiscales distinctes des activités traditionnelles. Elles reposent sur des revenus dématérialisés, des clients souvent dispersés géographiquement et une capacité à opérer sans présence physique lourde. Ces éléments modifient profondément l’analyse fiscale.

La première spécificité concerne la localisation de la création de valeur. Dans une activité digitale, la production n’est pas toujours liée à un lieu visible. Un logiciel, une plateforme ou un service en ligne peut être vendu dans plusieurs pays, tout en étant conçu, maintenu et piloté depuis un seul territoire. Les administrations fiscales cherchent donc à identifier où le travail est réellement effectué, plutôt que le lieu où les paiements sont encaissés.

Une autre particularité tient à la nature des revenus. Les entrepreneurs digitaux perçoivent souvent des revenus issus de prestations immatérielles, d’abonnements, de licences ou de publicité. Ces revenus peuvent être qualifiés différemment selon les pays : bénéfices commerciaux, redevances, revenus de services. Cette qualification influence directement le régime d’imposition applicable et l’éventuelle retenue à la source.

Les activités digitales sont également marquées par une forte scalabilité. Un chiffre d’affaires peut croître rapidement sans augmentation proportionnelle des coûts. Fiscalement, cela signifie que la rentabilité peut devenir élevée en peu de temps, ce qui rend les choix initiaux de structure et de rémunération déterminants. Une structure mal adaptée peut entraîner une imposition lourde dès les premières années de succès.

La dématérialisation complique aussi la frontière entre activité professionnelle et personnelle. Un entrepreneur peut travailler depuis son domicile, un espace de coworking ou en déplacement. Cette mobilité rend plus sensible la question de la résidence fiscale et du lieu d’exercice effectif de l’activité. Les autorités fiscales examinent alors la durée de présence, les habitudes de travail et le centre de décision.

Enfin, les activités digitales sont particulièrement visibles pour les administrations. Les flux passent par des plateformes de paiement, des places de marché et des intermédiaires régulés. Cette traçabilité accrue réduit les marges d’erreur et impose une rigueur déclarative élevée.

Ces spécificités expliquent pourquoi la fiscalité des entrepreneurs digitaux ne peut être abordée comme celle d’une activité classique. Elle exige une analyse fine, fondée sur les faits et la structure réelle de l’activité.

Les choix de structures pour les entrepreneurs numériques

Le choix de la structure juridique constitue l’un des premiers arbitrages fiscaux pour un entrepreneur digital. Il influence le niveau d’imposition, la protection sociale, la capacité de développement et la flexibilité stratégique à moyen et long terme. Dans le numérique, ce choix est d’autant plus structurant que l’activité peut évoluer rapidement.

Les entrepreneurs digitaux démarrent souvent seuls. Ils hésitent alors entre une structure individuelle ou une société unipersonnelle. Les formes sociétales sont généralement privilégiées, car elles permettent une séparation entre patrimoine personnel et professionnel, ainsi qu’une meilleure lisibilité fiscale. Cette séparation devient cruciale dès que les revenus augmentent ou que l’activité se complexifie.

Les structures de type société offrent aussi une souplesse dans la gestion des flux. Elles permettent de distinguer le bénéfice de la société et la rémunération personnelle du dirigeant. Cette distinction ouvre la voie à des arbitrages entre salaire, dividendes et réinvestissement, impossibles ou très limités dans une structure individuelle.

Pour les activités digitales, la capacité à faire entrer des partenaires, à lever des fonds ou à céder des parts est également déterminante. Une structure inadaptée peut bloquer ces évolutions ou entraîner des coûts de restructuration élevés. Dans le numérique, où les opportunités peuvent surgir rapidement, cette rigidité devient un frein stratégique.

La fiscalité ne doit cependant pas être le seul critère. Certaines structures offrent une imposition attractive à court terme, mais génèrent des contraintes sociales ou administratives importantes. À l’inverse, des formes plus coûteuses fiscalement peuvent offrir une meilleure protection et une plus grande crédibilité vis-à-vis des partenaires, investisseurs ou clients.

Enfin, le choix de la structure doit être cohérent avec la dimension internationale potentielle de l’activité. Une société conçue uniquement pour un cadre national peut devenir inadaptée dès lors que les clients, les prestataires ou le dirigeant se trouvent à l’étranger. Anticiper cette dimension dès la création permet d’éviter des ajustements coûteux.

Pour les entrepreneurs digitaux, la structure juridique n’est donc pas un simple support administratif. C’est un outil de pilotage fiscal et stratégique, qui doit être choisi en fonction des objectifs réels et de l’évolution prévisible de l’activité.

La SASU comme outil fréquent chez les entrepreneurs digitaux

La SASU s’est imposée comme l’une des structures les plus utilisées par les entrepreneurs digitaux. Elle répond à des besoins spécifiques liés à la souplesse de gestion, à la scalabilité des activités numériques et à la structuration progressive des revenus.

Sur le plan juridique, la SASU offre une grande liberté statutaire. L’entrepreneur peut organiser la gouvernance, les pouvoirs du dirigeant et les modalités de décision avec une flexibilité supérieure à celle d’autres formes sociétales. Cette liberté est particulièrement appréciée dans le digital, où les modèles économiques évoluent rapidement et nécessitent des ajustements fréquents.

Fiscalement, la SASU est soumise par défaut à l’impôt sur les sociétés. Les bénéfices sont imposés au niveau de la société, puis éventuellement au niveau du dirigeant lors de la distribution. Ce mécanisme permet de dissocier la fiscalité de l’entreprise de celle de l’entrepreneur, ce qui ouvre des leviers de pilotage. Tant que les bénéfices sont conservés dans la société, ils ne sont pas imposés entre les mains de l’associé.

La SASU est aussi appréciée pour le statut social du dirigeant. Le président relève du régime général de la sécurité sociale lorsqu’il est rémunéré. Cette protection est souvent jugée plus lisible et plus sécurisante que celle des régimes indépendants, même si son coût est plus élevé. Pour un entrepreneur digital dont les revenus peuvent être irréguliers, cette prévisibilité constitue un avantage.

Autre point clé : la SASU est compatible avec les stratégies de croissance. Elle facilite l’entrée d’investisseurs, la transformation en SAS pluripersonnelle et la mise en place de mécanismes d’intéressement. Dans l’écosystème startup, cette compatibilité est souvent déterminante dès les premières années.

En revanche, la SASU implique des obligations comptables et déclaratives plus lourdes qu’une structure simplifiée. Comptabilité complète, approbation annuelle des comptes et respect des règles de gouvernance exigent une discipline administrative. Ces contraintes doivent être intégrées dès le départ.

Pour les entrepreneurs digitaux, la SASU n’est donc ni une solution universelle ni un simple choix fiscal. Elle constitue un outil structurant, adapté aux projets numériques ayant vocation à croître, à s’internationaliser ou à accueillir des partenaires.

Les modes de rémunération du dirigeant digital

Le mode de rémunération du dirigeant constitue un levier central de la fiscalité des entrepreneurs digitaux. Il influence la charge fiscale globale, la protection sociale et la trésorerie de la société. Dans le numérique, où les revenus peuvent être volatils, cet arbitrage doit être finement calibré.

Le premier mode de rémunération est le salaire de dirigeant. Dans une SASU, le président peut percevoir une rémunération soumise aux cotisations sociales du régime général. Ce mode de rémunération offre une protection sociale complète, incluant retraite et assurance maladie. En contrepartie, le coût global est élevé. Pour 1 000 € nets versés au dirigeant, le coût total pour la société peut dépasser 1 700 €, selon les paramètres applicables.

Le salaire présente toutefois un avantage fiscal important : il est déductible du résultat imposable de la société. Il permet donc de réduire l’impôt sur les sociétés lorsque l’activité génère des bénéfices. Pour un entrepreneur digital en phase de stabilité ou de croissance modérée, ce mécanisme peut équilibrer la pression fiscale globale.

Un second mode de rémunération repose sur l’absence de salaire, avec une stratégie orientée vers la distribution ultérieure de dividendes. Cette approche est souvent utilisée lors des premières années, lorsque la trésorerie est fragile ou que le dirigeant dispose d’autres sources de revenus. Elle permet de préserver la capacité d’investissement de la société, mais elle implique l’absence de protection sociale au titre de l’activité.

Certains entrepreneurs optent pour une rémunération mixte. Ils se versent un salaire limité, afin de conserver une couverture sociale minimale, et complètent leurs revenus par des dividendes lorsque la situation financière le permet. Cette approche hybride permet de lisser la charge fiscale et sociale dans le temps.

Le choix du mode de rémunération doit également tenir compte de la résidence fiscale du dirigeant. Un dirigeant mobile ou expatrié peut être soumis à des règles spécifiques, notamment en matière de cotisations sociales et d’imposition des revenus. Une stratégie pertinente dans un cadre national peut devenir inadaptée à l’international.

Enfin, la rémunération du dirigeant digital ne doit pas être analysée isolément. Elle s’inscrit dans une stratégie globale, intégrant la croissance de l’entreprise, les besoins personnels, la fiscalité des dividendes et les perspectives à moyen terme.

Les dividendes et leur traitement fiscal

Les dividendes constituent un mode de rémunération central pour de nombreux entrepreneurs digitaux, en particulier lorsque l’activité devient rentable et que la trésorerie de la société est stabilisée. Leur traitement fiscal diffère profondément de celui du salaire et doit être compris avec précision pour éviter les erreurs de stratégie.

Dans une société soumise à l’impôt sur les sociétés, les dividendes sont distribués à partir du bénéfice net, après paiement de l’impôt au niveau de la société. En France, ce bénéfice est généralement imposé à 25 % au titre de l’impôt sur les sociétés, une fois les éventuels taux réduits épuisés. La distribution intervient donc sur un résultat déjà fiscalisé.

Au niveau de l’entrepreneur, les dividendes sont soumis à une imposition distincte. Le régime le plus courant est celui du prélèvement forfaitaire unique, fixé à 30 %, incluant impôt sur le revenu et prélèvements sociaux. Cette imposition est appliquée lors de la distribution, sans lien avec la protection sociale du dirigeant.

Les dividendes présentent un avantage majeur : ils ne supportent pas de cotisations sociales dans une SASU. Cette caractéristique explique leur popularité chez les entrepreneurs digitaux à forte rentabilité. Toutefois, cette absence de cotisations signifie également l’absence de droits sociaux supplémentaires, notamment en matière de retraite.

Il est essentiel de comprendre que les dividendes ne sont pas un revenu automatique. Leur distribution dépend de la décision de l’associé, de la situation financière de la société et du respect des règles légales. Une société peut être rentable, mais choisir de conserver les bénéfices pour financer la croissance, recruter ou investir.

Dans un contexte international, le traitement des dividendes peut se complexifier. La résidence fiscale de l’associé influence l’imposition finale. Certains pays appliquent des règles différentes, parfois avec des retenues à la source ou des mécanismes de crédit d’impôt. Une stratégie fondée sur les dividendes doit donc intégrer cette dimension.

Enfin, une distribution excessive ou mal justifiée peut fragiliser la société. Les dividendes doivent être envisagés comme un outil d’arbitrage, et non comme un substitut systématique au salaire. Leur pertinence dépend du stade de développement de l’activité et des objectifs personnels de l’entrepreneur.

La stratégie fiscale entre croissance et distribution

La fiscalité des entrepreneurs digitaux ne se résume pas à une optimisation ponctuelle. Elle s’inscrit dans une stratégie d’arbitrage permanent entre deux objectifs souvent concurrents : financer la croissance de l’activité et rémunérer l’entrepreneur. Cet équilibre est particulièrement sensible dans le numérique, où les cycles de développement peuvent être rapides et imprévisibles.

En phase de lancement ou de croissance, la priorité est souvent donnée au réinvestissement des bénéfices. Conserver les résultats dans la société permet de financer le développement produit, le marketing, l’infrastructure technique ou le recrutement. Fiscalement, cette stratégie limite l’imposition au niveau personnel, puisque les bénéfices non distribués ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu du dirigeant.

Cette approche présente toutefois une contrepartie. L’entrepreneur accepte de différer sa rémunération personnelle au profit de la valeur future de l’entreprise. Ce choix est cohérent lorsque la croissance est forte et que la création de valeur repose sur l’effet d’échelle. Il devient moins pertinent si l’activité se stabilise sans perspectives d’expansion significatives.

À l’inverse, une stratégie orientée vers la distribution régulière vise à sécuriser les revenus personnels de l’entrepreneur. Elle repose sur des dividendes, éventuellement complétés par une rémunération modérée. Cette approche permet de capter rapidement la valeur créée, mais elle réduit la capacité d’autofinancement de la société et peut freiner certaines opportunités de développement.

La fiscalité joue ici un rôle d’arbitre. Une distribution importante augmente l’imposition globale, en cumulant impôt sur les sociétés et fiscalité personnelle. À long terme, cette pression peut dépasser 45 % à 50 % de la valeur créée, selon les choix effectués. À l’inverse, une accumulation excessive de trésorerie non utilisée peut poser des questions de pertinence économique.

La stratégie fiscale doit également intégrer la temporalité du projet. Un entrepreneur qui envisage une cession à moyen terme privilégiera souvent la croissance et la valorisation, quitte à différer les distributions. À l’inverse, un projet de long terme orienté vers le revenu récurrent justifie une approche plus équilibrée.

Enfin, cette stratégie ne peut être figée. Elle doit être ajustée en fonction des résultats, du contexte économique, de la situation personnelle et des évolutions réglementaires. Dans le digital, la flexibilité stratégique constitue souvent le principal avantage compétitif.

Les enjeux internationaux et la mobilité des fondateurs

La mobilité internationale des fondateurs est devenue courante dans l’écosystème digital. Travail à distance, séjours prolongés à l’étranger, expatriation partielle ou totale modifient profondément l’analyse fiscale de l’activité. Pour les entrepreneurs digitaux, cette mobilité est à la fois une opportunité et un facteur de risque.

Le premier enjeu concerne la résidence fiscale du fondateur. Contrairement à une idée répandue, il n’existe pas de vide fiscal. Chaque État cherche à rattacher un contribuable à son territoire selon des critères précis : durée de présence, foyer familial, centre des intérêts économiques ou lieu de prise de décision. Un fondateur mobile peut ainsi être considéré résident fiscal d’un pays sans l’avoir anticipé.

Cette qualification a des conséquences directes. Un résident fiscal est en principe imposable sur l’ensemble de ses revenus mondiaux, y compris les dividendes, salaires ou plus-values issus de sociétés étrangères. Une mauvaise appréciation de la résidence fiscale peut donc entraîner une imposition inattendue et rétroactive.

Un autre enjeu majeur est le risque d’établissement stable. Lorsque le fondateur travaille durablement depuis un pays étranger, il peut être considéré comme exerçant l’activité de la société depuis ce territoire. Cela expose l’entreprise à une imposition locale de ses bénéfices, indépendamment de son pays d’immatriculation. Ce risque est particulièrement élevé dans les structures légères typiques du digital.

La mobilité internationale pose également la question des cotisations sociales. Un dirigeant rémunéré peut être affilié à un régime de sécurité sociale différent selon son lieu d’activité effective. Les règles varient fortement d’un pays à l’autre et peuvent générer des coûts supplémentaires ou des obligations imprévues.

Enfin, la dimension internationale complexifie la gestion des flux financiers. Dividendes versés à l’étranger, retenues à la source, conventions fiscales applicables : chaque mouvement doit être analysé pour éviter les doubles impositions ou les erreurs déclaratives.

Pour les entrepreneurs digitaux, la mobilité ne peut donc être traitée comme un simple choix personnel. Elle doit être intégrée dans la stratégie fiscale globale, afin de préserver la cohérence entre lieu de vie, lieu de travail et lieu d’imposition.

Les erreurs fréquentes et zones de risque

La fiscalité des entrepreneurs digitaux concentre un certain nombre d’erreurs récurrentes, souvent liées à une lecture trop simplifiée des règles ou à une transposition abusive de modèles vus ailleurs. Ces erreurs ne relèvent pas toujours d’une volonté frauduleuse, mais elles exposent à des requalifications coûteuses.

La première erreur consiste à confondre activité en ligne et absence de territorialité. Le fait de vendre des services ou des produits numériques sur Internet ne rend pas l’activité fiscalement neutre. Les administrations s’attachent au lieu où le travail est effectué, où les décisions sont prises et où la valeur est créée. Ignorer ces critères conduit fréquemment à des rappels d’impôt.

Une autre zone de risque concerne la sous-rémunération du dirigeant combinée à des distributions importantes de dividendes. Cette stratégie, parfois présentée comme optimale, peut être requalifiée si elle ne correspond pas à la réalité économique. Une absence totale de salaire dans une société fortement bénéficiaire attire l’attention et fragilise la position fiscale.

Les entrepreneurs digitaux commettent aussi l’erreur de négliger la résidence fiscale personnelle. Multiplier les déplacements, vivre dans plusieurs pays ou se déclarer non-résident sans analyse approfondie expose à des conflits de résidence. Ces situations peuvent conduire à une imposition mondiale inattendue.

La création de sociétés étrangères sans substance réelle constitue un autre point de vigilance majeur. Une structure sans locaux, sans salariés et sans prise de décision effective peut être considérée comme artificielle. Dans ce cas, les bénéfices peuvent être réattribués au pays où l’activité est réellement exercée.

Les erreurs déclaratives représentent également un risque fréquent. Omettre de déclarer des comptes étrangers, des dividendes perçus à l’étranger ou certaines opérations intra-groupe peut suffire à déclencher des pénalités, indépendamment du montant en jeu.

Enfin, beaucoup d’entrepreneurs s’appuient sur des conseils non contextualisés, issus de forums, de réseaux sociaux ou de schémas standardisés. Ces recommandations ignorent souvent les spécificités personnelles et réglementaires, ce qui augmente fortement le risque d’erreur.

Identifier ces zones de risque permet d’adopter une posture plus prudente et d’éviter que des choix initiaux mal encadrés ne produisent des effets durables.

Les arbitrages fiscaux à long terme pour le digital

Les arbitrages fiscaux à long terme constituent l’un des enjeux les plus sous-estimés par les entrepreneurs digitaux. Or, dans un secteur où la valeur peut se créer rapidement, les décisions prises dès les premières années conditionnent durablement la fiscalité globale et la liberté stratégique.

Un premier arbitrage structurant concerne le rythme de capitalisation. Choisir de laisser les bénéfices dans la société pour financer la croissance permet de différer l’imposition personnelle et d’augmenter la capacité d’investissement. Cette logique est cohérente dans une perspective de valorisation, notamment pour les startups orientées produit ou plateforme. À l’inverse, une extraction régulière de valeur par dividendes favorise la liquidité personnelle, mais réduit le potentiel de développement.

La question de la sortie du capital constitue un autre arbitrage majeur. Une cession de titres, partielle ou totale, obéit à des règles fiscales spécifiques, souvent plus favorables que l’imposition des revenus courants. Pour un entrepreneur digital, anticiper cette échéance influence le choix de la structure, la durée de détention des titres et la politique de distribution. Une stratégie mal alignée peut entraîner une fiscalité lourde au moment clé.

Les arbitrages à long terme intègrent également l’évolution personnelle du fondateur. Changement de pays de résidence, évolution familiale, diversification patrimoniale ou préparation d’une transmission modifient les priorités fiscales. Une stratégie pertinente à 30 ans peut devenir inadaptée dix ans plus tard si elle n’a pas été conçue pour évoluer.

La dimension internationale joue ici un rôle central. Les entrepreneurs digitaux ont souvent la capacité de choisir leur lieu de vie. Ce choix doit être anticipé fiscalement, notamment en matière de dividendes, de plus-values et de revenus futurs. Une mobilité mal préparée peut annuler les bénéfices d’années de structuration.

Enfin, les arbitrages fiscaux doivent intégrer la stabilité réglementaire relative. Les règles fiscales évoluent, parfois rapidement. Une stratégie robuste privilégie la cohérence économique et la lisibilité plutôt que l’exploitation de niches temporaires. Cette approche réduit les risques de remise en cause et facilite l’adaptation.

À long terme, la fiscalité des entrepreneurs digitaux n’est pas une optimisation figée, mais un processus d’ajustement continu, au service de la croissance, de la sécurité et de la liberté de décision.

Conclusion

La fiscalité des entrepreneurs digitaux reflète les tensions propres à l’économie numérique. D’un côté, une capacité inédite à créer de la valeur sans frontières physiques. De l’autre, des règles fiscales encore largement ancrées dans des logiques territoriales. Naviguer entre ces deux réalités exige méthode, anticipation et cohérence.

Les choix de structure, de rémunération et de stratégie fiscale ne sont jamais neutres. Ils engagent l’entrepreneur bien au-delà de l’année en cours, parfois pour une décennie ou plus. Une approche opportuniste ou copiée expose à des impasses coûteuses, tandis qu’une stratégie alignée avec la réalité de l’activité renforce la stabilité et la crédibilité du projet.

Dans le digital, la liberté apparente masque souvent une exigence accrue de rigueur. Les administrations fiscales disposent d’outils de contrôle adaptés aux flux dématérialisés et aux profils mobiles. Face à cette réalité, la meilleure stratégie reste celle qui privilégie la lisibilité, la traçabilité et l’adaptabilité.

La fiscalité devient alors un outil de pilotage, non un frein. Elle accompagne la croissance, sécurise les choix et permet à l’entrepreneur digital de se concentrer sur l’essentiel : développer une activité pérenne dans un environnement en constante évolution.

Sources

Textes fiscaux nationaux applicables aux sociétés
Doctrine administrative fiscale française
Conventions fiscales bilatérales internationales
Publications et travaux de l’OCDE sur l’économie numérique
Jurisprudence fiscale relative aux dirigeants et sociétés digitales
Pratiques professionnelles des cabinets spécialisés en fiscalité du numérique

Retour sur le guide Fiscalités nomades et mobilité internationale

La fiscalité des entrepreneurs digitaux